Mutiara - Note d'intention

Depuis l’Antiquité, les perles ont toujours exercé une fascination sans borne sur l’homme, que ce soit pour leur beauté ou pour des vertus curatives. Autrefois, il fallait plonger pour aller les chercher et leur rareté ajoutait une dimension à leur valeur. Aujourd’hui on les cultive, notamment dans des fermes flottant un peu partout dans l’est de l’Indonésie. Puis on les cède par kilos aux enchères dans des salons feutrés au Japon ou en Chine, avant d’en faire des bijoux somptueux, vendus dans les plus grandes villes du monde. Mutiara [perle en indonésien]: n’est-il pas amusant d’imaginer qu’à l’origine, ce n’est qu’un grain de sable entré un peu par hasard dans une huître, en parasite, qui génère une telle fascination?

De nos jours, les huîtres sont opérées pour y introduire une bille, le nucléus, en laboratoire, dans le plus grand secret, selon une technique mise au point début 1900 par le pionnier dans le domaine, le japonais Kokichi Mikimoto. Les Japonais, plus gros consommateurs de perles, furent d’ailleurs les premiers à implanter des fermes de perliculture en Indonésie. C’est en 1969 qu’ils commencèrent dans les îles Aru, au sud-est du pays, archipel à la qualité de l’eau inégalée et très riche en plancton. Aujourd’hui, toutes les fermes sont propriétés d’indonésiens de souche chinoise, presque tous membres d’une même famille, habitant ou ayant habité à Dobo, chef lieu des îles Aru.

La légende de Monsieur Gie

Mais il est l’un d’entre eux qui fit office de pionnier: Robert Sukendy, plus connu en Indonésie sous son nom chinois Monsieur Gie. En 1975, parti de rien, orphelin, ayant seulement achevé sa scolarité obligatoire, Robert Sukendy se dit que ce que les japonais parviennent à faire, il le peut aussi. Il engage alors des villageois pour pêcher les huîtres et démarre la culture de perles. Il ne peut pas les rémunérer, il n’a que son enthousiasme. Robert Sukendy installe sa première ferme à Pulau Kenari au nord de Dobo, devenu depuis lors un vaste complexe produisant toujours ses plus belles perles. Il opère les huîtres à l’instinct, comme Mikimoto un siècle plus tôt. Il en massacre des centaines pour se faire la main. Il deviendra le premier indonésien à y parvenir. Aujourd’hui, Gie est à la tête d’une fortune colossale et possède 18 sites de production perlière disséminés entre la Papouasie Occidentale et les Moluques, faisant vivre plus de 5'000 employés.

Monsieur Gie ne vient plus guère à Dobo visiter ses fermes ou passer dans les villages environnants où son épopée a débuté. Il séjourne à Surabaya quand ses affaires ne l’emmènent pas à l’étranger. Outre la perliculture, il s’est en effet diversifié dans l’hôtellerie, les grandes surfaces et la poissonnerie. Si les professionnels, japonais en tête, le regardent désormais avec respect et parfois admiration, il est devenu une véritable légende pour les habitants d’Aru, incarnant l’homme qui de rien a bâti un empire.

C’est son histoire que Mutiara veut conter, l’histoire d’un homme devenu mythe grâce à quelques grammes de nacre… Une trajectoire extraordinaire qui passe des fonds coralliens de la mer d’Arafura aux ventes aux enchères des salons de Tokyo puis aux joailleries européennes. Destin d’un grain de sable devenu perle, destin d’une obsession devenue grandeur et réussite.

Islam, développement et environnement

Au travers de cette sorte de biographie croisée, le film repose sur la volonté de faire découvrir un pays en développement, l’Indonésie, et d’en dresser un portrait sincère. La société indonésienne a subi une évolution majeure depuis la chute de la dictature Suharto, mais souffre de son image de plus grand pays musulman du monde. L’occidental ne voit dans l’Indonésie qu’un terreau fertile de plus à l’islamisme, alors que la réalité est tout autre. C’est aussi ce message que Mutiara désire délivrer: l’archipel indonésien est une terre en devenir, démocratique et loin de l’absolutisme. Le film présente également la réussite sociale d’un homme dans un business qui ménage l’environnement. Les fermes de perliculture deviennent de véritables sanctuaires pour la biodiversité puisque aucune activité humaine pouvant détériorer le milieu naturel à proximité est tolérée. En tout cela, Mutiara est un film important et nécessaire. La légende de Robert Sukendy et de ses perles devient un prétexte pour conter une autre histoire: celle d’un pays qui se (re)construit.

 

Actualité

"mutiara, légende d'une perle" en salle!
Le 2nd film de VilbrekPrOd est enfin terminé.
Grande avant-première
vendredi 4 juin, 20h45
Cinéma ABC, La Chaux-de-Fonds
Séances de rattrapage:
samedi 5 et dimanche 6 juin
18h15, Cinéma ABC
jeudi 10 juin
Cinématographe, Tramelan

Tout savoir sur le 3ème film de VilbrekPrOd

"Vanen, Les Plumes du Paradis" Meilleur documentaire à vocation pédagogique Festival du film ornithologique de Ménigoute (communiqué de presse)
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